Ce que Muang Ngoy ne pourra jamais devenir
Suite (inattendue) de la série : ce qui relie coopération et abondance
J'ai annoncé la fin de cette série dans mon article précédent. Je le pensais sincèrement en l'écrivant. Puis une question a continué à tourner, une semaine après avoir publié le dixième projet concret : et si le prototype que je décris depuis le premier article avait, lui aussi, une date de péremption ?
Un cadeau, pas un acquis
Je vis à Muang Ngoy depuis quelques mois, sur la ferme de Khamdy et sa famille. J'en ai parlé dans mon premier article et encore dans celui sur Ubuntu toujours avec la même honnêteté : je n'ai aucun statut juridique sur ce terrain, et je n'en cherche pas.
Ce que je n'avais pas assez souligné jusqu'ici, c'est ce que ça implique vraiment. Je suis là parce que Khamdy m'accueille, pas parce qu'un droit me le garantit. Si sa situation change, si sa famille a besoin d'autre chose, si un imprévu survient, je n'ai rien à faire valoir. Cela ne pourra être reproché à personne, c'est juste la nature de l'accord.
Ce que ça ne pourra jamais devenir
Une famille et moi, ça fonctionne à cette échelle précise. Mais ça ne deviendra jamais un lieu où d'autres pourraient venir vivre, ne serait-ce que quelques mois. Pas assez de logements, pas assez de terrain cultivable au-delà de ce qu'une famille peut gérer, et surtout, ce n'est pas mon terrain à faire évoluer.
Ce que j'ai construit ici, sans le vouloir, c'est une preuve que ça marche à petite échelle. Mais une preuve n'est pas un modèle qu'on peut répéter. Pour ça, il faudrait autre chose : un terrain que quelqu'un peut réellement façonner, pas seulement habiter en invité.
La précarité que je n'avais pas nommée
Il y a un inconfort que j'ai mis du temps à admettre : je pourrais devoir partir de Muang Ngoy sans préavis, et je n'aurais rien perdu sur le papier, parce que je n'y ai jamais rien possédé. C'est une forme de liberté. Mais ce n'est pas une base pour construire quoi que ce soit qui dure plus longtemps que moi.
Après quinze ans à buter sur des murs différents à chaque fois, je commence à vouloir autre chose que la prochaine solution de fortune. Je ne sais pas encore à quoi ça ressemble concrètement. Mais la question a changé de forme, et c'est ce que je veux explorer dans le prochain article.
Et vous, avez-vous déjà vécu une situation qui vous comblait pleinement, tout en sachant, quelque part, qu'elle ne durerait pas ?
Je serais curieux de le lire en commentaire.
